Je me souviens
Je me souviens
Je me souviens de ce lointain pays où un rêve fou m’avait entraîné.
Là où j’étais, pas de mer ni rocher, mais un fleuve tellement large qu’on distinguait à peine ses rives. C’était un peu comme une mer, calme et ondulante, sauf qu’elle n’était pas bleue, mais plutôt d’un vert émeraude, et où s’aventuraient quelques embarcations locales.
Sur le rivage de ce grand fleuve, des temples et des statues faisaient office de phares. À la tombée de la nuit, des familles se rassemblaient, toutes générations confondues, car à cet endroit, il se passe toujours quelque chose le soir : des chants, des danses, des invocations, des feux scintillants qui s’allument ici ou là.
Parfois, il arrivait qu’un convoi funèbre descende vers la rive, en procession. Au milieu du cortège, un brancard soutenu par des rondins de bois, était porté par quatre jeunes hommes. On pouvait y distinguer un corps revêtu d’un linge blanc et recouvert de gerbes de fleurs multicolores.
Parvenu au bord de la rive, on y mettait le feu et la nuit soudain s’illuminait, tandis que les flammes s’élevaient vers le ciel, telle une supplication. Le brasier était beau, harmonieux et fumant. Digne, recueillie et priante, la famille assistait à la crémation de leur défunt.
Au petit matin, il ne restait presque que des cendres que le vent soulevait et dispersait aux alentours. C’est alors que délicatement, on déversait dans le fleuve les restes de celui ou de celle qui terminait ici son voyage.
En regardant s’éloigner et se diluer ces cendres au fil du courant, je pensais qu’un autre voyage commencerait maintenant, pour lui ou pour elle, sous d’autres cieux, et peut-être sous une autre forme…

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