L’enfant clochard du port
Avec son vieux jean déchiré
Mal boutonné
Trop court pour lui
Son torse égratigné
Brûlé par le soleil d’atlantique
Sa tignasse brune en pagaille
Qui lui tombait dans les yeux
Ses yeux noirs de sauvage
Qui transperçaient d’un regard
Tout ce qu’il touchait
Le gosse du vieux port
Sans fric
Sans famille
Sans personne d’autre que lui
C’était un dur de quinze ans
Avec un visage de squaw
Et qui traînait ses pieds sales dans les rochers
Les fesses collées de sable et d’algues
Il couchait à la belle
Serré contre un chien fauve
Abandonné lui aussi
Sous une couverture grise
Dérobait à la criée
Ses repas quotidiens
Du poisson frais qu’il faisait frire
Comme il pouvait
À l’abri du vent
Et le soir à l’heure où la plage est déserte
Où tous les bars du remblai
Dégueulent leurs foules estivales
Où s’amoncèlent sur les tables
Les plaisirs arrachés aux entrailles de la mer
Il quittait ce froc délavé
Qui cachait à peine son sexe
Et libre complètement nu
Goûtait jusqu’à minuit
L’ivresse de l’écume
Ou s’en allait au large
Flotter sur les vagues plus tranquilles
Rêver dans les étoiles
Loin des bruits saisonniers
Écouter chanter la lune.
Y.B.
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